Lectures de janvier – ou le sentiment de l’inachevé et la fin du rêve américain

Lectures, shower thoughts

Janvier en Autriche… le mois plus froid qu’un steak congelé ou que le cœur de ton ex. Période donc tout à fait propice à la lecture (surtout si comme moi tu profites allègrement de ton chômage, plus ou moins technique), à la raclette, ou au jogging – surtout si comme mois t’es un peu maso… oui parce que courir par -10°, t’as tellement froid que tu sens pas que tes jambes fatiguent. Pratique donc. Surtout quand tu t’es lancé le défi (pourri) d’aller courir le marathon de Vienne en avril. Oui, ça m’arrive souvent d’avoir des idées à la con comme celle-là.

Mais bon, mes engelures aux doigts ne sont pas le sujet du jour. On va plutôt s’intéresser ici au fait que pour l’instant je tiens mes objectifs de (au moins) deux livres par mois, et qu’on est déjà le 24 janvier et j’ai commencé le troisième.

Champagne !

Alors… qu’est-ce que ma personne a pensé des ouvrages de deux auteurs majeurs, j’ai nommé William Peter Blatty (mort le 12 janvier dernier, comme quoi 2017 démarre en fanfare), et Philip Roth ? Du bon, du très bon et du moins bon.

Oh et oui pardon, les livres c’était, respectivement, Dimiter et Pastorale Américaine. Et attention ça va spoiler à mort.

 

Dimiter, de William Peter Blatty (paru chez Pocket en 2013)

 De quoi ça parle ?

Perdu au fin fond de l’État totalitaire le plus oppressif et le plus isolé de la planète, l’Albanie de 1973, un homme est détenu prisonnier. Arrêté par hasard, à la faveur d’une enquête de routine, il est soupçonné d’être un espion d’envergure : les autorités déploient toutes les formes de cruauté et de torture pour réussir à lui soutirer des informations. Mais le prisonnier résiste de manière très inhabituelle aux traitements barbares et aux manipulations psychiques : insensible à la douleur, mystérieux sur son identité, il parvient, jusqu’à son évasion finale, à confondre ses ravisseurs. Un an plus tard, à Jérusalem, des événements étranges attirent l’attention des autorités locales et des responsables du renseignement : un enfant de l’hôpital d’Hadassah a guéri comme par miracle, tandis qu’un corps était découvert dans le très sacré tombeau du Christ… Le Dr Moses Mayo, neurologue, son ami Peter Meral, sombre détective arabo-chrétien, Samia, jolie infirmière à la langue acerbe, et un assortiment de fonctionnaires américains et israéliens, vont se trouver pris dans une série de rebondissements et de décès inexplicables. S’agit-il là d’un complot ? Tous les indices semblent converger vers une seule et même personne : Dimiter, surnommé « l’agent de l’enfer »…

Qu’est-ce qu’on en pense ?

Dimiter c’est le livre auquel tu comprends rien, mais alors rien, jusqu’au dernier chapitre. Et là, rélévation, retournement de situation (moyen le coup de la femme morte mais en fait pas vraiment, et le coup de l’agent trahi et vendu aux russes, et le truc du prêtre catholique en Albanie… enfin je m’égare), toutes les pièces du puzzle s’emboitent enfin.

En fait la quatrième de couverture est super racoleuse, quand tu vois le nom de l’auteur tu commences à rêver, les cent premières pages sont plutôt pas mal, puis ça part dans un mélange de n’importe quoi confus, jusqu’à la résolution finale rushée sur dix pages, qui te fait dire un truc du genre « ah d’accord… ». Alors oui d’accord tout d’un coup le gros de l’histoire prend son sens, mais j’ai pas vraiment accroché au coup du cliffanger à trois francs. C’est un peu le genre de livre auquel il manque une bonne centaine de pages afin de détailler certains aspects de l’intrigue, je pense ici au coup de la trahison du meilleur pote qui couche avec la femme (originalité quand tu nous tiens), de la relation entre Dimiter et son bourreau qui prend un virage à 180° à la fin du livre, et le truc des malades qui guérissent parce que ça c’est resté en suspend.

J’ai eu aussi beaucoup de mal à m’identifier aux personnages qui manquent clairement de relief, et a qui on a greffé des histoires de tragédie personnelle, qui n’ont, en soi, aucun intérêt dans la mesure où elles ne permettent pas vraiment d’étoffer les héros.

Avec Dimiter, j’ai eu l’impresion que Blatty – qui a connu un succès sans limite avec L’Exorciste (et de l’adaptation culte, mais qui a quand même pas mal vieillie) – a voulu s’essayer au roman policier pseudo-ésotérique grand public avec plus ou moins de maladresse, et s’est beaucoup trop éloigné de ce qui a fait son succès en tant qu’auteur. Bon après il faut rendre à Jules ce qui est à César (j’adore cette expression), c’est distrayant et ça m’a bien tenu compagnie pendant mon séjour aux urgences (faites du sport qu’ils disent).

 

 

Pastorale Américaine, de Philip Roth (paru chez Folio en 2001)

De quoi ça parle ?

Après trente-six ans, Zuckerman l’écrivain retrouve Seymour Levov dit «le Suédois», l’athlète fétiche de son lycée de Newark. Toujours aussi splendide, Levov l’invincible, le généreux, l’idole des années de guerre, le petit-fils d’immigrés juifs devenu un Américain plus vrai que nature. Le Suédois a réussi sa vie, faisant prospérer la ganterie paternelle, épousant la très irlandaise Miss New Jersey 1949, régnant loin de la ville sur une vieille demeure de pierre encadrée d’érables centenaires : la pastorale américaine. Mais la photo est incomplète, car, hors champ, il y a Merry, la fille rebelle. Et avec elle surgit dans cet enclos idyllique le spectre d’une autre Amérique, en pleine convulsion, celle des années soixante, de sainte Angela Davis, des rues de Newark à feu et à sang…

Qu’est qu’on en pense ?

En général, moi j’aime les polars, les histoires de meurtres complexes, d’où mon choix de lire Dimiter. Et puis Pastorale Américaine m’a été recommandé par the American boyfriend, qui m’a donné envie de m’intéresser à d’autres types d’ouvrages. Grand bien m’a pris. C’était vachement bien. Effectivement, cette histoire de drame familial sur fond de contestation de la guerre du Vietnam, de cette gamine bègue devenue terroriste, et des conflits internes du père… c’était captivant. Remarquez qu’avec les livres de ce mois-ci, on reste dans la thématique des problèmes de famille.

Si dans le cas de Blatty les personnages manquaient littéralement de profondeur, dans le livre de Roth, j’ai pu parfaitement ressentir la détresse du père sous ses airs d’homme indestructible, ses doutes quant à la culpabilité de sa fille, et souffrir avec lui devant l’effondrement de son monde. Et ça donne un aperçu plus vrai que nature de l’Amérique pendant la Guerre du Vietnam (1955-1975 pour les moins férus d’histoire), vue par des personnages en apparence lisse, mais beaucoup plus complexes qu’on peut l’imaginer.

Le seul reproche que je pourrait lui faire, c’est la façon dont l’auteur gère la fin du livre, qui s’articule autour d’un dîner insupportable, qui révèle la trahison de la femme (ou des femmes), et tout le désespoir qui en suit. Si on est déjà au courant du remariage du père, de sa mort (foutu cancer) et de celle de sa fille (peu claire), cette fin laisse sur les dents. Et nom de Dieu c’est dense à lire, autant à cause du style d’écriture (avec beaucoup de retours en arrière et de moment fantasmés) que du contenu.

 

Et sinon j’ai commencé A Gentleman in Moscow (vachement sympa à lire pour les plus anglophones d’entre vous), et j’ai vu Manchester by the Sea, le meilleur film que j’ai vu depuis… depuis longtemps !

Va voir Manchester by the Sea !

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